1934 - Le Père ROSSAT Premier Pionnier Français Appareil avec «attache débrayable»

J'ai bien connu le Père Rossat. C'est un savoyard de la vallée de la Maurienne né en 1895 à Fontcouverte chef lieu 1170 m. d'altitude. C'est le fils d'une famille de paysans montagnards qui mènent une vie dure.


Le "Père Rossat" entre deux jeunes femmes
Déjà skieur, il sert dans un bataillon de Chasseurs Alpins et connaît, à 20 ans, les affrontements de 14-18, particulièrement dans la Somme. Là, il est fait prisonnier. Durant sa captivité, il apprend le métier de charpentier. De retour au Pays, il n'envisage pas son avenir dans cette commune déshéritée qu'est à l'époque Fontcouverte, pas encore désenclavée par la route.
Il se marie au Rivier d'Allemont, commune située à 6 heures de marche depuis Fontcouverte par le Col du Glandon donnant accès au Dauphiné. Il travaille quelque temps dans une usine de la Vallée étroite de la Romanche, mais la condition d'employé, enfermé constamment, ne convient pas à sa nature.
Avec sa femme et ses trois enfants, il s'implante à Grenoble dans le quartier de l'Ile Verte, rue Ernest Calvet comme artisan charpentier.


La Cage qui abritait la station motrice
Pour approvisionner ses bois, il achète des coupes et les débarde par des câbles forestiers qu'il installe lui-même dans le Massif de la Chartreuse. Il aime son métier mais aussi la forêt, les champignons, la chasse, le ski, autant de disciplines qu'il pratique avec ses enfants. L'un de ses fils René montre une santé déficiente. Son père croit aux vertus purificatrices de l'exercice en pleine nature.
Pour eux, pour augmenter l'attrait du ski en descente, il imagine de construire un «remonte-pente». Il choisit au Col de Porte, le lieu dit la Prairie, une clairière en pente douce qui s'enneige tôt et garde son manteau jusqu'au printemps. Du temps de sa jeunesse, en Maurienne, il a vu fonctionner des câbles de toutes sortes pour la descente du bois, du foin, du lait.

C'est durant l'automne 1934 qu'il se lance dans la construction de son premier remonte-pente sur un profil régulier d'environ 200 mètres de long et une quarantaine de mètres de dénivelée.
La station motrice implantée en aval se compose de 4 poteaux équarris sur place à la hache, enfoncés dans le sol, sans béton. Cette charpente fait 2 mètres de haut ; elle est «croisillonnée» par des madriers pour assurer une stabilité à l'ensemble. A l'intérieur de cette «cage» se trouve à l'abri, un moteur Bernard classique, à essence, qui entraîne une courroie plate enduite de résine pour assurer l'adhérence sur les poulies. Cette transmission entraîne 2 mètres plus haut une couronne dentée récupérée sur un vieux moulin...

Le Père Rossat continue son travail d'artisan . Je l'ai souvent croisé dans les halls d'exposition à Grenoble installant des stands pour diverses entreprises. Il portait toujours son béret de Chasseur. De la poche droite de son pantalon bleu de travail sortait un double mètre pliant. Il le sortait et le tenait à la main au cours des discussions. Nous parlions de ses prouesses au col de Porte, des progrès spectaculaires de la Station de Fontcouverte-la Toussuire, son pays natal.
A son palmarès, il faut ajouter la mise au point d'une machine pour écorcer les billes de bois en scierie. Son idée, non brevetée, a été reprise très vite par les Canadiens.
Il faut noter que dans les années 30, beaucoup appréciaient son «remonte-pente» mais d'autres pas du tout. Des écologistes de l'époque, pour la plupart des membres du CAF, se rendaient au col de Porte pour démolir cette installation insultant la nature. Le Père Rossat devait user de ses poings pour défendre son bien.